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théâtre

interview : Un moment avec Reda Saoui

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Depuis plusieurs mois déjà, le jeune humoriste Reda Saoui réalise une tournée à travers la France. Dans son dernier spectacle, l'artiste aborde de nombreux sujets : sa vie en France, les couples mixtes mais aussi des thèmes plus profonds tels que la mort ou la religion. Un spectacle que l'artiste définit lui-même comme "un portrait éphémère", s'inspirant d'instants de sa vie pour parler plus globalement de notre société actuelle. Attisant notre curiosité, nous l'avons rencontré afin de le découvrir d'avantage.

 

Sortir : Pour commencer, raconte-moi tes débuts. Pourquoi avoir choisi l'humour ?

Reda Saoui : Ça peut être très long (rires)... J'ai réalisé ma première scène en 2008, j'étais encore étudiant en architecture et avait commencé l'impro aux lundis d'impro au théâtre Sainte Catherine à Montréal. C'est un ami qui m'a programmé sans que je ne le sache car il me trouvait drôle. Je me suis donc préparé et lorsque je suis monté sur scène j'ai eu « la piqûre ». En 2013, j'ai participé à un concours qui s'appelle en route vers mon 1er Gala, j'ai fait partie des finalistes et, dès lors, les choses se sont concrétisées. Le public m'a découvert et j'ai pû monter sur les scènes de comédy clubs à Montréal et Québec...

 

S : Et donc, quand as-tu commencé à écrire ?

R.S : Mon premier spectacle date de 2015, un 60 minutes. Puis, je me suis lancé et donné le défi d'écrire un spectacle chaque année... Seulement ça n'a pas fonctionné et j'ai passé deux années à écrire mon second seul en scène. C'est avec ce dernier spectacle, lorsque j'arrive en France, que je me suis réellement donné à fond.

 

S : Pourquoi as-tu quitté Montréal pour venir en France ?

R.S : C'était avant toutes choses, un rêve de gosse de venir ici car j'admire pas mal d'artistes comme les Inconnus, Jamel Debbouze, Les Nuls et particulièrement l'écriture d'Alain Chabat pour l'ancienne génération. Aujourd'hui, j'apprécie également Jason Brokerss, Fary, Bun Hay Mean et Léo Hardt (qui n'est pas encore très connu mais très inspirant). J'ai toujours aimé la satire, et tous me conseillait ce pays car, selon eux, je pouvais m'y sentir bien et réussir. Seulement, je ne connaissais personne en France, je n'avais pas grandi là-bas et me demandais comment j'allais pouvoir interpeller ce public.

Puis, la crise Covid a débuté, ma copine est française, elle voulait se rapprocher de sa famille, je l'ai donc suivie et j'ai commencé à écrire un nouveau spectacle.... A côté d'elle j'étais un meuble, elle télétravaillait et moi je ne faisais rien (rires). C'est à ce moment là aussi que ma collaboration avec Léo Hardt s'est concrétisée, même si nous avions déjà travaillé ensemble sur un podcast. Il était d'ailleurs mon seul public et ma seule interaction lors de cette crise. Et c'est un public bien difficile ! (rires) Mais, cette rencontre m'a fait énormément de bien et ça m'a beaucoup aidé !

 

S : Revenons sur tes références, Bun Hay Mean est une sorte de mentor pour toi ? Il t'a ouvert un peu la voie ?

R.S : Oui, je travaille toujours avec lui. Lorsque les salles ont réouvert après la pandémie, j'ai commencé à jouer dans de petits cafés théâtres et lors de scènes ouvertes à Paris. Lui, recommençait son spectacle et était en rodage. Nous nous connaissions déjà et sommes tombés l'un sur l'autre pendant un plateau au Fridge Comedy Club. Il m'a tout de suite proposé de faire ses premières parties et un showcase. Je n'avais d'ailleurs aucun matériel (seulement 15 minutes), j'hésitais... Et il m'a répondu « ok tu vas quand même le faire ! », il m'a clairement donné un sacré coup de pied aux fesses ! Un vrai élément déclencheur. C'est un super ami et mentor effectivement. D'ailleurs Jason Brokerss y est aussi pour quelque chose, il m'a également offert une place pour réaliser ses premières parties. J'ai beaucoup de chance...

 

S : En ce qui concerne ton spectacle, De quoi pars-tu ? Quels sont les thèmes que tu abordes ?

R.S : Je pars toujours de ce que je vis dans le moment présent . Et pas mal de choses se sont passées ces dernières années. J'évoque ma nouvelle vie en France, le couple mixte, la mort, la religion, des sujets qui peuvent être lourds mais je fais tout pour les rendre très légers. L'idée de parler de l'instant présent rend ce spectacle très éphémère mais vrai.

Je tente de réaliser un portrait de ce que je vois, mais aussi de la société actuelle. J'aime écrire sur ce que je constate et ce que ça provoque chez moi. D'ailleurs il y avait un gros débat à Montréal avant que je ne parte concernant le racisme systémique et je suis arrivé en France en constatant que le débat n'était pas tellement entamé. C'est une chose qui m'a marqué et sur laquelle j'ai mis des mots. Enfin, on y retrouve d'autres sujets tels que le décès de mon père, ma relation avec ma copine, ma vie à Paris, mes angoisses...

 

S : C'est vrai que le racisme systémique est assez présent dans ton spectacle, tu apportes une sorte de nouveau regard, essaies-tu de lancer une sorte de « pavé dans la mare » pour réveiller les consciences en France ?

R.S : (éclats de rires) Alors, je ne prétends pas changer les choses ici en France mais j'aime beaucoup taquiner, constater les problèmes et brasser un peu la merde, mais je ne dénonce pas nécessairement, je réalise une sorte d'esquisse.

 

S : Revenons sur un autre versant de ton spectacle, tu parles de ton intimité, notamment lorsque tu évoques le décès de ton père, on sent donc, malgré le ton acide, la satire, une pointe de sensibilité, penses-tu qu'elle puisse cohabiter avec l'humour ?

R.S : L'humour est une fibre très sensible, très proche de la tristesse. J'ai déjà vu des gens rire et pleurer à la fin d'un spectacle. Ces deux émotions peuvent cohabiter. Je fais, malgré tout, très attention à ce que les thèmes ne soient pas lourds et j'ai longtemps eu peur d'aborder ce sujet là par rapport au public. On doit rester dans l'humour, la frontière est fine. Puis, je l'ai assumé car ainsi va la vie. Les situations sont drôles ou tristes et l'humour fait passer des messages parfois.

 

S : l'humour permet donc clairement de se sortir de situations avec légereté ?

R.S : De toute façon, je ne peut pas écrire sans aller dans la profondeur, passer à côté de la vérité. J'ai composé ce spectacle lorsque mon père nous a quitté donc c'était impossible de ne pas l'évoquer, j'aurais menti au public et à moi-même. Puis, quand tu es vrai c'est là où tu sors quelque chose, et c'est à ce moment précis que ça peut devenir drôle.

 

S : Nous vivons un moment compliqué et parfois assez sombre, un temps où les choses évoluent et changent. Selon toi, comment aborder les problématiques avec humour, comment choisir ces cibles ? Y-a-t-il une limite ?

R.S : Je fais vraiment en sorte de travailler cette cible, ce que je veux attaquer ou revendiquer. Certains sujets sont parfois durs à aborder et c'est ok. Nous pouvons aborder tous les sujets avec le cœur léger. Si tu es amer, ça ne sera pas drôle et ta cible sera mal perçue, tu peux devenir maladroit. A l'époque j'entendais souvent les humoristes déclarer : « On ne peut plus rien dire ». C'est faux ! Il faut aussi suivre son temps, je pense qu'il faut prendre en considération ce que l'on vit et je crois qu'il faut surtout être surprenant et respecter l'Autre.

 

S : Tu disais que pour écrire tu pars toujours de toi, donc pour choisir sa cible faut-il se sentir concerné ?

R.S : Un minimum oui. En revanche, tu peux toujours parler de tout mais il faut toujours et encore bien discerner cette fameuse cible que tu vises. Se moquer de soi à travers un sujet fonctionne mieux. Par exemple, si je vis une situation intéressante, même si je ne me sens pas proche du sujet et si la cible est bonne je vais en parler. S'il n'y a pas ces points là, j'oublie. C'est inutile pour moi et pour le public.

Cependant, ça reste une science inexacte. Je me pose encore beaucoup de questions. Dans tous les cas, si je n'ai rien à dire sur un sujet je l'évite, mon but n'étant pas de me moquer bêtement.

 

S : Un humoriste teste son spectacle avant de monter sur scène ?

R.S : Oui, toujours ! On écrit, on teste. Léo (co-auteur) étant mon premier filtre. Puis je le teste dans les soirées de rodage ou les petits comedy club, le public est au courant et consentant pour ça, il ne paye pas. On travaille toujours à partir de ça.

Cependant, il arrive parfois que nous jouions notre spectacle dans une salle lors de la tournée, il manque quelque chose, ça ne fonctionne pas et on change le texte ou on le fait évoluer.

 

S : Donc un spectacle est mouvant, l'humour est une matière vivante ?

R.S : Oui tout à fait, mon spectacle a changé depuis le début. Je dirais que 40 % a évolué. La structure, de nouvelles idées et de nouvelles blagues émergent. Tu trouves des idées sur scène, dans ta vie, car toi aussi tu évolues. Rien n'est jamais figé.

 

S : Et la suite, c'est quoi ?

R.S : Je joue au Métropole à Paris, puis la tournée continue à travers la France jusque fin janvier 2023. Je fais d'ailleurs mon premier Festival de Montreux en Novembre !

 

S : Qu'est ce qu'on te souhaite pour la suite ? Quels sont tes rêves ? Continuer l'humour, créer de nouvelles choses ?

R.S : Tout ça ! (rires) C'est un métier qui me passionne, que j'adore ! Puis, je veux m'éloigner de tout ce qui est amertume, du négatif et garder mon âme d'enfant !

 

Publié le 02/11/2022 Auteur : Clémence Bry

 

Tournée : le samedi 19 novembre, Le Scènacle, Besançon - le vendredi 25 novembre, La Nouvelle Comedie Gallien, Bordeaux - le samedi 3 décembre 2022, La Baie Des Singes, Cournon d'Auvergne - le jeudi 5 janvier 2023, Théâtre 100 Noms Hangar à Bananes, Nantes - le vendredi 20 janvier 2023, Theatre De La Cite, Nice - le samedi 21 janvier 2023, Théâtre Le Colbert, Toulon, le vendredi 27 janvier 2023, Comédie De Tours, Tours.

 

images : couverture ©Chang Martin et article ©Jiouve